Forêts en RDC : plaidoyer pour des pratiques responsables et un engagement accru de l’État.
Kinshasa, 12 décembre 2025 – Réunis à Kinshasa, les acteurs étatiques, la société civile, les partenaires techniques et les communautés locales ont appelé à un renforcement des actions en faveur de la protection des forêts tropicales et du respect des droits humains, à l’issue d’un atelier de plaidoyer organisé par l’ONG GASHE et le Réseau CREF, avec l’appui de la Rainforest Foundation Norway (RFN) et de la Rainforest Foundation UK (RFUK).

Des avancées, mais des obstacles persistants
L’atelier, inscrit dans le cadre du projet de suivi communautaire des moteurs commerciaux de déforestation (MCD), a mis en lumière des progrès notables dans la surveillance des concessions agricoles et forestières, tout en soulignant la persistance de défis majeurs sur le terrain.
Pour Julien Mathe, ces difficultés traduisent un déficit d’implication de l’État :
« Tant que les autorités compétentes ne joueront pas pleinement leur rôle de régulation et de contrôle, les efforts des communautés et de la société civile resteront limités. »
Dans le même esprit, Papy Otoka a reconnu la bonne foi de certains acteurs économiques désireux de changer leurs pratiques, tout en rappelant que ces initiatives se heurtent à des obstacles structurels nécessitant une implication directe des autorités nationales.
L’administration face aux pressions
Les autorités administratives présentes ont reconnu la gravité de la situation et promis d’y apporter des solutions. Frederick Djengo Bosulu, directeur général en charge des forêts, a pointé un manque criant de collaboration :
« La grande difficulté au niveau du ministère et de l’administration reste le déficit de collaboration, non seulement dans la province de l’Équateur, mais à travers toute la République. »
Il a également révélé que des coordonnateurs provinciaux de l’environnement sont régulièrement menacés lors de la production de leurs rapports.
Une stratégie de plaidoyer élargie
De son côté, Benjamin Bisimwa, responsable du projet MCD à la RFN, a expliqué l’évolution de l’approche adoptée :
« Nous avons élargi le cadre des échanges afin de rendre notre plaidoyer plus percutant et d’atteindre d’autres acteurs, parfois peu impliqués mais disposant d’une réelle influence. »
Mis en œuvre depuis 2023 dans la province de l’Équateur, le projet MCD repose sur le monitoring communautaire, le dialogue multi-acteurs et la dénonciation des allocations illégales. Malgré des résultats encourageants, des défis persistent, notamment les conflits fonciers, la non-application du SMIG, le non-respect des plans d’aménagement forestier et la poursuite d’activités irrégulières, en particulier par COKIBAFODE, malgré la résiliation de ses contrats.
Des recommandations fortes issues de l’atelier
À l’issue des échanges, plusieurs recommandations ont été formulées, notamment :
le respect strict des textes légaux et réglementaires par le Ministère de l’Environnement ;
la clarification définitive de la situation des concessions 001 et 002/20 de COKIBAFODE ;
l’adoption de mesures contraignantes à l’égard de SOMIFOR ;
la prise en charge adéquate des agents en mission de terrain ;
le renforcement du contrôle du respect des droits des travailleurs et du SMIG, sous la supervision du Ministère de l’Emploi et du Travail.
Les participants ont également recommandé à la RFN d’étendre le monitoring des MCD à d’autres provinces à travers les structures membres de RENOI, et aux organisations de la société civile de renforcer le partage d’informations, d’intégrer de nouveaux moteurs de déforestation – notamment le bois-énergie – et d’impliquer davantage les inspections provinciales du travail.
Vers des actions plus contraignantes
Prévu pour se poursuivre jusqu’en 2027, le projet MCD entre dans une phase stratégique. Ses animateurs n’excluent pas le recours à des actions plus fermes, y compris des poursuites judiciaires, conformément à la Constitution de la RDC, contre les autorités ou acteurs impliqués dans la persistance des violations observées.
