ÉQUATEUR : LES RECOMMANDATIONS DES COMMUNAUTÉS LOCALES ET PEUPLES AUTOCHTONES PYGMEES AU CŒUR D’UN PLAIDOYER PROVINCIAL CONTRE LES ILLÉGALITÉS FORESTIÈRES ET AGROINDUSTRIELLES
Le 16 juillet 2026, le Groupe d’Action pour Sauver l’Homme et son Environnement (GASHE ONGD), avec l’appui technique de la Rainforest Foundation Norway (RFN) et le soutien financier du Gouvernement de la Norvège, a organisé à Mbandaka un Atelier provincial multi-acteurs de présentation des cas et de plaidoyer sur les alertes aux illégalités forestières et agroindustrielles, dans le cadre du projet « Suivi communautaire des moteurs commerciaux de déforestation (MCD) ».

Cette rencontre a réuni les autorités provinciales et locales, les services techniques de l’État, les représentants du secteur privé, les organisations de la société civile, les communautés locales et peuples autochtones pygmées ainsi que les députés provinciaux, afin d’évaluer l’état de mise en œuvre des recommandations formulées à l’issue des dialogues locaux et de renforcer le plaidoyer en faveur d’une gouvernance forestière responsable.
Au cœur de cet atelier, les Présidents des Comités de Suivi des Recommandations (CSR) des différents sites du projet (Basankusu, Itipo, Djoa et Boteka) ont porté la voix en présentant les recommandations issues des réunions de dialogue organisées au niveau local à la suite des cas documentés par les observateurs communautaires. Élaborées de manière participative entre les communautés locales, les concessionnaires et les autorités locales ainsi que les acteurs de la société civile locale, ces recommandations ont permis de faire le point sur les engagements pris, les avancées enregistrées ainsi que les défis qui persistent dans leur mise en œuvre.
Les différentes présentations ont mis en évidence les progrès enregistrés dans certains sites, notamment dans la réalisation de quelques infrastructures communautaires et la mise en œuvre de certaines recommandations. Elles ont également révélé plusieurs préoccupations persistantes liées notamment : à l’exécution de la décision de résiliation de CCF 001&002/20 dans le territoire de Bolomba ; au respect des clauses sociales, aux conditions de travail des employés, à l’application des normes d’exploitation forestière, ainsi qu’à la protection de l’environnement.

À la suite des présentations et du chef de projet, les représentants des concessionnaires ont apporté leurs observations et partagé les actions déjà entreprises pour répondre aux préoccupations soulevées. Les échanges avec les différentes parties prenantes ont permis d’identifier les principaux obstacles à la mise en œuvre des recommandations et de renforcer le dialogue entre les différentes parties prenantes.
Prenant la parole, le député provincial Maître Ezéchiel AMBOKANI a salué l’approche participative développée par GASHE, tout en rappelant que la situation d’exploitation forestière illégale et les violations des droits humains doivent cesser. Revenant sur la situation de COKIBAFODE à Bolomba, il a dénoncé les pratiques signalées et s’est engagé à porter cette préoccupation au niveau de l’organe délibérant afin que les intérêts des communautés locales et des Peuples Autochtones Pygmées soient davantage pris en compte.
Le député provincial Didier EVOLOKO a, quant à lui, encouragé la poursuite du dialogue entre les communautés, les entreprises et les autorités publiques. Il a insisté sur la nécessité pour chaque acteur de respecter ses engagements afin de promouvoir une exploitation responsable des ressources forestières et de préserver les droits des populations riveraines.
Apportant un éclairage sur le constat issu de l’observation communautaire, Vinny NKOSO, animateur communautaire du projet, est revenu sur la situation observée dans la concession de COKIBAFODE (CCF 001/20 et 002/20) à Bolomba. « Nous avons documenté des cas où des bois exploités à Bolomba seraient marqués avec le numéro de permis de coupe de bois d’une autre concession de COKIBAFODE (CCF 008/20) afin de leur donner une apparence de légalité avant leur acheminement vers Kinshasa. Pour nous, cette pratique s’apparente au blanchiment de bois et mérite une attention particulière des autorités compétentes », a-t-il déclaré, appelant les services de l’État à diligenter les vérifications nécessaires.
Intervenant à son tour, M. Delphin SOMUA, Chef du Bureau de la Gestion Forestière de la Coordination Provinciale de l’Environnement, Développement Durable et Nouvelle Economie du Climat, a apporté des précisions sur la situation administrative de cette concession. « Les communautés locales et les Peuples Autochtones Pygmées doivent savoir que les contrats de concession de COKIBAFODE à Bolomba ont été résiliés. Par conséquent, cette société n’a plus le droit de mener une quelconque activité d’exploitation forestière dans ces concessions », a-t-il déclaré. Toutefois, il a déploré l’imbroglio sur l’exigence de payement de la taxe de superficie par le concessionnaire. Il a invité les communautés à demeurer vigilantes et a rappelé que toute activité menée en dehors du cadre légal devait être signalée aux autorités compétentes afin que les dispositions prévues par la loi soient appliquées.
À l’issue des échanges, les participants ont formulé plusieurs recommandations à l’endroit des autorités publiques, des concessionnaires et des autres parties prenantes. Parmi les recommandations les plus marquantes figure l’arrêt immédiat des activités d’exploitation forestière de COKIBAFODE(CCF 001/20 et 002/20) dans le Territoire de Bolomba, et dont les contrats ont été résiliés ; la régularisation de la situation des travailleurs par la signature des contrats de travail, le respect du SMIG et de la couverture sociale ; l’application effective des clauses sociales ; le respect des normes d’exploitation forestière et de l’environnement ; la construction des infrastructures communautaires prévues dans les cahiers des charges et le renforcement du suivi des recommandations issues des réunions de dialogue.
Clôturant les travaux, les participants ont réaffirmé l’importance de poursuivre le dialogue entre les communautés locales, les entreprises concessionnaires et les pouvoirs publics afin que les recommandations formulées sur le terrain soient effectivement mises en œuvre. À travers cette initiative, GASHE réaffirme son engagement à accompagner les communautés locales et les Peuples Autochtones Pygmées dans la défense de leurs droits et à promouvoir une gestion durable des ressources forestières, fondée sur la transparence, le dialogue et le respect de la législation forestière en République démocratique du Congo.
Cette publication a été rendue possible grâce au soutien de la Norvège.
